Pour nos ancêtres, les dents ont longtemps été une source de souffrance et de mystère. Et l'objet d'une hygiène très... particulière. En route pour la folle histoire des crocs à travers les âges !

Au temps des pharaons : Le sourire de la momie

L'Égypte ancienne avait déjà ses "médecins des dents", mentionnés par l'historien Hérodote. Leurs méthodes étaient parfois, disons... curieuses : ils faisaient avaler aux enfants souffrant de maux de dents, des souris écorchées et cuites ! Les constructeurs des pyramides sont aussi les premiers à obturer les dents cariées avec un mélange de terre et d'éclats de pierre et à utiliser des prothèses. Les archéologues ont retrouvé des dents reliées par un fil d'or sur plusieurs momies. Et il n'était pas rare que les embaumeurs posent des dents artificielles en bois sur les défunts pour qu'ils puissent se présenter dans l'autre monde avec leur plus beau sourire...

Rome antique : Un rince-bouche de choc !

Les Romains accordaient une grande importance à l'hygiène dentaire. Mais ils ne connaissaient pas la brosse et utilisaient des cure-dents en os ou en ivoire. Pour les moins riches, une arête de poisson faisait l'affaire. Les maîtres du monde antique avaient également une habitude assez dégoûtante : ils se rinçaient la bouche avec de l'urine ! Une excellente manière de combattre les "humeurs de la dent'', pensaient-ils. Mais toutes les urines ne se valaient pas. La plus réputée était acheminée tout spécialement d'Espagne dans des vases en albâtre. Beurk...

Inde ancienne : Un peuple mordu de nature

500 ans avant Jésus-Christ, les Indiens utilisaient déjà des siwaks pour se nettoyer les dents. Une brosse 100 % naturelle, taillée dans la racine d'un arbuste. Souple et très fibreux, le siwak permet d'éliminer la plaque dentaire. Il a aussi la particularité de contenir des désinfectants et même du fluor. En 2003, un centre de recherche américain a suivi deux groupes tests pour comparer son efficacité à celle de nos brosses à dents modernes. Surprise, l'ancestral siwak l'emporte haut la main ! À tel point que l’organisation mondiale de la santé en recommande encore aujourd'hui l’usage.

Les dents changent

Empire musulman : Chaud de dents !

Après la chute de Rome, à la fin du 5e siècle, c'est dans le monde arabe que l'hygiène dentaire prend son essor. Le prophète Mahomet recommande clairement de se brosser les dents quotidiennement avec un bâtonnet fibreux. Les savants arabes traduisent les manuels grecs et n'ont pas peur d'innover. Abulcasis (1000 ans après J.-C.) en particulier, l’un des plus grands chirurgiens du monde musulman, avance l'idée qu’il n'est pas toujours nécessaire d’"éclater’’ une dent douloureuse. Il suffit parfois de la cautériser au fer chaud. Mais la dissection étant interdite par l'Islam, les savants seront limités par leur mauvaise connaissance de l’anatomie.

Dès le Moyen Âge : Mentir comme un arracheur de dents

Cette expression du Moyen Âge colle parfaitement à la réalité de l'époque. Certains de ces "arracheurs" faisaient preuve d'un certain doigté. Mais la plupart étaient des charlatans, tout juste bons à faire sauter les chicots. Ils débarquaient sur les places et les foires avec des chars décorés et des tambours... destinés à couvrir les cris de leurs victimes. Souvent, un complice faisait semblant de se faire arracher une dent sans douleur pour convaincre les indécis. En cas d'infection, tout ce petit monde avait déguerpi depuis longtemps.

Europe chrétienne : Les moines ont la rage

Au début du Moyen Âge, dans l'Occident chrétien, si vous aviez une rage de dents, c'est un moine qu'il fallait consulter. Problème : le pape voyait tout cela d'un très mauvais œil. Faire couler le sang était incompatible avec cette onction religieuse. En 1215, le concile du Latran interdit définitivement aux moines de pratiquer la moindre opération. Ce sont les barbiers qui prennent le relais, pendant plus de deux siècles. Pourquoi les barbiers ? Parce qu'ils géraient souvent des bains publics où l’on prenait soin de son corps, dents comprises. Et, surtout, ils possédaient des instruments tranchants !

Japon médiéval : Une dent contre le blanc

Des dents blanches et intactes, c'est l'idéal, non ? Eh bien, pas pour tout le monde. Dans le Japon médiéval, le dernier chic était de se noircir la dentition avec de la limaille de fer que l'on avait laissée s'oxyder dans du thé ou du vin de riz. Les femmes renforçaient ainsi le contraste avec leur peau très blanche. Les hommes de la noblesse, eux, en faisaient un signe distinctif. De nombreux peuples ont aussi pratiqué le limage des dents, en forme de pointe ou de cône. Un rituel destiné à démontrer son courage, qui persiste aujourd’hui encore chez les Pygmées du Congo-Brazzaville.

Les dents modernes

18e siècle : La France incisive

Cocorico ! Le père de la médecine dentaire moderne est français !. Pierre Fauchard publie en 1728 Le chirurgien dentiste ou traité des dents, qui révolutionne la discipline. Il est l'un des premiers à remettre en cause la théorie du ver de la dent, accusé de provoquer les caries, pour la simple raison qu'il n'en a jamais vu. Il a l'intuition qu'il faut se méfier du sucre, met au point des techniques de fraisage et de forage des dents cariées et conseille de les combler avec du plomb ou de l'or. Mais il recommande aussi de se rincer la bouche avec son "urine du jour".

Au fil du temps : La fin du ver à dents

Pendant près de 4000 ans, les hommes ont cru que les responsables des maux de dents étaient... de minuscules vers ! Cette théorie farfelue apparaît bizarrement sur tous les continents à la fois. On la retrouve sur des tablettes d'argile de Mésopotamie, dans des codex* précolombiens et dans la pharmacopée chinoise. Malgré les progrès constants de la médecine dentaire à partir de la Renaissance puis l’identification du vrai coupable (les bactéries), certains peuples ont cru, jusqu'à la fin du 20e siècle, que des vers rongeaient nos dents de l’intérieur.
  *Sorte de cahier manuscrit, ancêtre du livre.

19e siècle : Se rire de la douleur

Avec les progrès de la chirurgie dentaire, une question se pose : est-il possible de pratiquer des opérations sans douleur ? Impossible, clament les spécialistes ! Il faut se résigner à morfler sans moufter. Mais au milieu du 19e siècle, à Boston, Horace Wells tente, avec succès, l'anesthésie, d'abord avec du gaz hilarant puis avec de l'éther. Les recherches continuent et pendant des décennies, les dentistes utilisent de la cocaïne, une drogue qui se révèle un anesthésiant local puissant... mais dangereux. En 1904, la novocaïne ouvre la voie aux anesthésiants modernes.

20e siècle : L'Amérique montre les dents

Ce n’est pas un hasard si les stars d'Hollywood ont toujours arboré un sourire "ultra-bright". C'est aux États-Unis, en effet, qu'ont été conçus, à la fin du 19e siècle, les premiers appareils destinés à corriger les défauts de dentition chez l’enfant et l'adolescent. D'abord très onéreux, ils se démocratisent des deux côtés de l'Atlantique après la Seconde Guerre mondiale et deviennent peu à peu moins volumineux. C'est éqalement à New York qu'est commercialisé, en 1896, le premier tube de dentifrice de la marque Colgate !

Le cabinet du futur

L'avenir à pleines dents

  • Finie l'empreinte manuelle et la pâte au goût bizarre !. Le dentiste utilisera une caméra intra-orale connectée pour obtenir, en quelques secondes, une image numérique ultra-précise.
  • Des tests salivaires simples et indolores permettront de calculer le "risque de carie individuel" et de prescrire des traitements adaptés.
  • Les prothèses dentaires (couronnes, bridges) seront réalisées au cabinet en temps réel, grâce à des mini-robots capables d'usiner rapidement des blocs de céramique ou de zircone.
  • Oublié le traumatisme de la roulette ! Des lasers, fonctionnant comme des "bistouris lumineux" de haute précision, serviront à traiter les caries.
  • Adieu l'appareil dentaire type "chemin de fer"... Presque invisible, résistante aux bactéries, la gouttière transparente de contention aura l'avantage d'être amovible et de se retirer avant les repas.

 

On se couchera moins bête ce soir ! Comment le renard construit sa maison ?
Il creuse trois terriers sous la terre : un petit, très frais, pour passer l'été, un plus grand, pour s'abriter l'hiver, et un dernier où il place ses réserves de nourriture.