Un petit vent de folie

Bizarre, étrange... Depuis la mi-octobre, la citrouille est omniprésente dans les devantures des magasins, sur les affiches publicitaires et jusqu'aux menus des restaurants chics. Comble de l'horreur, le 31 octobre, les enfants sortent dans les rues déguisés en fantômes ou en squelettes, coiffés de chapeaux pointus de sorcières et découvrant dans un sourire de hideux dentiers de vampires. Et c'est à qui racontera la blague la plus horriiiiiiible qui soit, l'histoire la plus terrrrrrrifiante que l'on puisse imaginer. Un vrai cauchemar !

Une joyeuse fin de mois

Un cauchemar ? Mais non ! C'est Halloween, tout simplement ! Ce n'est qu'en 1996 que cette fête s'est vraiment installée en France. Elle y était apparue sur la pointe des pieds, aussi mystérieusement qu'un fantôme échappé du royaume des ténèbres. Et puis, très vite, la p'tite fête qui monte, qui monte a pris de l'ampleur, comme si le pays tout entier avait été ensorcelé par les mages, les vampires, les trolls et autres esprits malfaisants ! Désormais, le mois d'octobre est orange comme les citrouilles mûres, noir comme la peur, violet comme les capes des sorcières.

Une ancienne fête celtique

Mais si les Français, et avec eux tous les Européens, ont adopté Halloween, ils ne l'ont pas inventé, car Halloween est une fête très ancienne. Déjà cinq siècles avant Jésus Christ, les Celtes achevaient l'été par un rituel nocturne qui se déroulait la nuit du 31 octobre au 1" novembre. Cette fête s'appelait non pas « Halloween », mais « Samain ». Dans l'ancien calendrier celtique, Samain marquait la fin des récoltes, le retour des troupeaux à l'étable et le début de la nouvelle année.

Les Celtes

Les Celtes sont un peuple qui vivait principalement en Irlande et en Bretagne.

Une fête religieuse

Cette nuit était avant tout une fête religieuse. Pour les Celtes, le jour de Samain était le seul jour de l'année où les morts pouvaient rencontrer les vivants. Les esprits des défunts de l'année revenaient chez eux une dernière fois avant l'arrivée de l'hiver. Pour les guider et pour les réchauffer, les druides allumaient de grands feux sacrés.

La fête des pauvres

Les portes des maisons restaient ouvertes à l'attention des esprits, et une place au coin du feu et un bon bol de porridge les y attendaient. Si un pauvre arrivait, il incarnait l'esprit du défunt. Les vagabonds passaient donc de maison en maison en chantant pour demander de l'argent et de la nourriture. C'était une manière originale d'entrer en communion avec les morts tout en restant solidaire des vivants.

De Samain à Halloween

Les siècles passent, mais les traditions demeurent. En Grande-Bretagne et en Irlande, les druides ont laissé la place aux prêtres. Pourtant Samain est toujours fêté. Plutôt que d'interdire cette coutume, L'Église d'Angleterre décide de s'en accommoder. Elle institue au 1er novembre une nouvelle fête en l'honneur des morts et des vivants, le « Jour de tous les saints ». Les festivités païennes de la veille prennent alors tout naturellement le nom de « veille de la fête de tous les saints », en celte, « All Hallows eve ». Halloween naît ainsi de la rencontre des traditions celte et chrétienne.

Samain

Samain est un mot irlandais ancien qui signifie « la fin de l'été », sam désignant également l'été.

La légende de Jack'O Lantern

En Irlande, lors de Halloween, on continue d'allumer des feux sacrés pour attirer les esprits des morts de l'année. Mais d'autres esprits se joignent à eux : lutins, gnomes, sorcières... Comment les effaroucher ? On fait appel à Jack ! Selon la légende, ce mauvais bougre était si avare que le jour de sa mort Dieu lui refusa l'entrée au ciel. Même le diable ne voulait pas de lui ! Jack fut donc condamné à errer sur terre jusqu'au jour du Jugement dernier avec, pour seul bagage, une citrouille grimaçante évidée de sa pulpe, dans laquelle il avait placé une petite bougie. On baptisa cette citrouille « Jack'O Lantern », la lanterne de Jack. La lumière blafarde qu'elle dégageait, les ombres inquiétantes qu'elle projetait suffisaient à éloigner les mauvais esprits nocturnes. Depuis, il n'est pas une maison irlandaise qui ne soit décorée de sa « Jack'O Lantern ».

La citrouille

Orange vif, ronde comme un ballon de football, ou oblongue comme un ballon de rugby, plantureuse, parfois de taille spectaculaire, le plus souvent grosse comme une tête humaine, la citrouille a le sens de la fête. Pourtant, ce légume, qui apparteint, comme le potiron ou le potimarron, à la famille des cucurbitacées, ne possède pas de vertus particulières. S'il est devenu l'emblème de Halloween, c'est tout simplement parce qu'on le récolte en cette période de l'année. Les marchands, eux, se frottent les mains : se faire de l'oseille avec de la citrouille, quel formidable tour de passe-passe !.

Une fête qui traverse l'Océan

À la fin du XIXe siècle, une grave famine menace l'Irlande. De nombreux Irlandais émigrent aux États-Unis pour y chercher fortune. Ils emportent dans leurs bagages de nombreuses coutumes et traditions, et bien sûr la plus célèbre d'entre elles, Halloween.

Halloween « made in USA »

Mais le voyage a bien changé la fête : outre-Atlantique, le sens de Halloween n'est plus le même. Il n'honore plus les morts, mais les enfants. Durant tout le mois d'octobre, ceux-ci se déguisent en monstres ou en sorcières et assaillent les maisons de leur quartier en quête de sucreries. Ils sonnent aux portes et lancent leur fameux cri de guerre : « Trick or treat ! », ce qui veut dire, en anglais, à peu près : « Un sort ou des bonbons ! »

La fête retraverse l'océan !

Cette tradition était tombée dans l'oubli en Europe. Pourtant, depuis quelques années, Halloween y connaît un grand succès. Mais comment cette fête a-t-elle (re)pris racine en France ? En 1992, le chef d'une petite entreprise lyonnaise spécialisée dans le déguisement rachète un concurrent qui possède une filiale à New York. Là-bas, les marchands de déguisements font leurs meilleures affaires à la période de Halloween. Bien inspiré, il lance la mode en France. Quatre ans plus tard, la greffe de la citrouille a réussi. Aujourd'hui, peut-on imaginer un 31 octobre sans citrouille ni masque de sorcière ? Ce serait aussi triste qu'un jour des morts... et pourtant, à l'origine, c'était bien une fête des morts !

Une fête monstre

Le soir du 31 octobre, la fiesta d'enfer peut commencer, avec ses rondes de sabbat, ses mascarades de squelettes et ses cavalcades de vampires. Question frissons, petits et grands sont généreusement servis. Mais derrière tout ce tintamarre, que célèbre-t-on exactement ? Qu'on ne s'y trompe pas : la fête de Halloween n'a plus rien à voir avec ses lointaines origines celtes. Aujourd'hui, la fièvre de Halloween répond avant tout à l'appel du tiroir-caisse des vendeurs de déguisements, de farces et attrapes, et de bonbons. Quelle aubaine pour eux que nous soyons si fascinés par le monde des ténèbres et de la mort ! Aujourd'hui, curieusement, la mort fait davantage peur qu'au temps des Celtes. On la cache de peur d'effrayer les enfants, et on préfère s'inventer tout un monde de ténèbres, le monde de Halloween !

On se couchera moins bête ce soir ! Comment le renard construit sa maison ?
Il creuse trois terriers sous la terre : un petit, très frais, pour passer l'été, un plus grand, pour s'abriter l'hiver, et un dernier où il place ses réserves de nourriture.